LE MINISTÈRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES
DE LA FÉDÉRATION DE RUSSIE
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Article de S.V.Lavrov, Ministre des affaires йtrangиres de la Russie, "La politique йtrangиre de la Russie et la nouvelle qualitй dans la situation gйopolitique" pour le Recueil diplomatique annuel 2008

L'йtat russe a accumulй un sйrieux capital de politique extйrieure - il oeuvre pour le dйveloppement du pays, la dйfense des intйrкts des citoyens et du business national. La diplomatie russe a recouvrй une base ferme dans les succиs de notre dйveloppement intйrieur. La Russie est de retour dans l'arиne internationale en tant qu'йtat responsable, qui peut dйfendre le droit international de ses citoyens. Si d'aucuns avaient des doutes а ce propos, nos actions rйsolues en rйponse а l'agression de la Gйorgie et la violation grossiиre par le rйgime de Tbilissi de ses obligations internationales ont dы les dissiper.

Dans les zones des conflits abkhazo-gйorgien et ossйto-gйorgien, Saakachvili et ceux qui sont derriиre lui se sont dйcidйs а йprouver la soliditй des autoritйs russes et de nos pacificateurs. Cela dit, le rйgime gйorgien actuel a dйcouvert son fond, cherchant а subjuguer par les bombes la population de l'Ossйtie du Sud а son diktat. Immйdiatement aprиs, le mкme sort devait attendre l'Abkhazie. Ils n'y ont pas rйussi et n'y rйussiront pas.

On croit que cette aventure avait йtй planifiйe, entre autres, pour nous faire prendre le chemin de la militarisation et dйmanteler la modernisation. Il est vrai que nous avons dы rйagir а la crise aux niveaux politique et militaire, mais le Prйsident D.A.Medvйdev et le Prйsident du Gouvernement V.V.Poutine ont surtout soulignй, qu'il n'y aurait aucun changement du cap dans les affaires intйrieures ni internationales.

Par sa rйponse а l'agression gйorgienne, la Russie a йtabli une norme de rйaction, qui est en entiиre conformitй avec le droit international en vigueur, y compris le droit а l'autodйfense d'aprиs l'article 51 de la Charte de l'ONU et nos obligations concrиtes appliquйes au rиglement de ce conflit, de mкme qu'avec le principe de la modйration et de la proportion. Les actions de la Russie ne poursuivaient d'autres buts que ceux dictйs par le besoin de garantir valablement la non-reprise de l'agression gйorgienne contre l'Ossйtie du Sud et l'Abkhazie. L'йlйment importantissime de ces garanties йtait de reconnaоtre l'indйpendance de l'Ossйtie du Sud et de l'Abkhazie et de conclure avec elles les traitйs d’amitiй, de coopйration et d'aide mutuelle. Ce pas est devenu indispensable dans les conditions, oщ, aprиs l'arrкt de l'agression gйorgienne, Tbilissi a commencй de faire des dйclarations, que «la guerre n'est pas finie», et plusieurs capitales occidentales - qu'elles avaient l'intention de «rйtablir la capacitй au combat de l'armйe gйorgienne». Le blocage au Conseil de Sйcuritй de l'ONU et а l'OSCE des dйcisions soutenant le plan D.A.Medvйdev-N.Sarkozy est devenu la derniиre goutte.

Dans le contexte international plus large, la dure rйalitй est venue en plein jour : ni l'architecture formйe de la sйcuritй europйenne, ni les interactions entre la Russie et les USA n'ont fonctionnй, bien que longtemps avant aoыt 2008, nous ayons plusieurs fois prйvenu Washington et les Europйens de la prйparation а Tbilissi du nouveau scйnario de force. Le brusque retour а la rйalitй a mis en lumiиre la rйelle situation dans le monde, qui n'a rien а voir avec la mythologie et les illusions largement rйpandues.

Dans la situation, provoquйe par la tentative de Tbilissi de rйgler le conflit au moyen de la forces militaire brutale, ont йtй reflйtйs comme dans un miroir tous les moments nйgatifs de l'йtape actuelle du dйveloppement des relations internationales, contre le danger de mйsestimer lesquelles la Russie a plusieurs fois mise en garde, а commencer par le discours de V.V.Poutine а Munich en fйvrier 2007.

Toute l'йvolution des йvйnements aprиs le 8 aoыt confirme la justesse de l'analyse, contenue dans l'intervention du Prйsident D.A.Medvйdev а la rйunion des ambassadeurs et des reprйsentants permanents le 15 juillet dernier. Le Prйsident a indiquй entre autres, qui le monde, qui s'est dйbarrassй de la guerre froide, n'a pas atteint jusqu'а prйsent un nouvel йquilibre. Que le potentiel de conflits est assez fort, y compris dans les rйgions proches des frontiиres russes. Que l'on se penchait toujours plus vers les mйthodes de force. On se sert de provocations politiques, de toute sorte de «rйvolutions», de la pratique cynique des doubles standards. Et ce n'est peut-кtre pas par hasard, que ceux, chez qui зa va plutфt mal, interviennent toujours plus souvent dans les affaires des autres йtats. On interprиte de maniиre simplifiйe, dans l'esprit de la logique «je suis maоtre chez moi», la difficile dialectique des principes de l'intйgritй territoriale et du droit des nations а l'autodйfense.

En l'absence de l'йquilibre : crise au Caucase

D'aucuns ont voulu «dйgeler» les conflits gelйs. Maintenant, nous pouvons en juger des rйsultats. A quelque chose malheur est bon. La clartй actuelle est meilleure que toute ambiguпtй et incertitude. L'Ossйtie du Sud et l'Abkhazie n'ont pas aspirй а l’indйpendance en gйnйral, mais bien а l’indйpendance sйparйment de la Gйorgie, dont les autoritйs, on ne sait pourquoi, ont toujours la tendance chauvine а l'йgard des minoritйs ethniques, qui prenait constamment le dessus.

Pour nous, la reconnaissance de leur indйpendance est dictйe dans une mesure йgale par les considйrations juridiques, morales, mais aussi pratiques. C'est, avant tout, la garantie de la sйcuritй efficace de ces peuples. Nous avons dйfendu la valeur suprкme - le droit а la vie, tout comme le droit au dйveloppement.

Le rйgime de Saakachvili a commis un crime, y compris contre son propre peuple. La situation avait йtй а l'йpoque bien dйcrite par F.M.Dostoпevski. La seule diffйrence est que maintenant ce quelqu'un, qui s'йtait cru qu'il n'йtait pas un «кtre tremblant, mais avait le droit», n'est organiquement pas capable de se repentir. Et si on reconnaоt ce rйgime comme dйmocratique, c'est-а-dire reprйsentant la volontй de l'йlectorat, il a fait perdre а la Gйorgie par ses agissements l'Ossйtie du Sud et l'Abkhazie.

On nous dit sans cesse que les dйmocraties ne font pas la guerre. Pourquoi donc c'est le rйgime homologuй par d'aucuns comme dйmocratique qui s'est engagй sur la voie de la guerre ? Je pense qu'il faut commencer par permettre au peuple gйorgien, avec la participation de l'opposition, avec l'ouverture pour lui de l'accиs а tous les mйdias actuellement interdits, d'йclaircir pour lui, ce qui s'est finalement passй, et pourquoi cela est devenu possible.

Nous respectons profondйment le peuple gйorgien. Nous sommes persuadйs, que sa sagesse amиnera finalement au pouvoir les dirigeants, qui se guideront sur ses intйrкts fondamentaux au lieu des projets gйopolitiques virtuels, йlaborйs au diable Vauvert, et qui pourront garantir que la Gйorgie vive en paix et en bon voisinage avec tous les peuples du Caucase.

Ce n'est pas la faute des gens, qui vivent dans les rйgions en conflits dans l'espace post-soviйtique, de se trouver dans «la zone grise», sans кtre devenus souvent les citoyens des йtats, qui sont apparus а la suite de la dйsagrйgation de l'URSS. On ne comprend pas, pourquoi ceux qui parlent littйralement а tous les coins de rues de la responsabilitй pour la dйfense, de la sйcuritй de la personne, l'aient oubliй, quand il s'est agi d'une partie de l'espace de l'ex-Union Soviйtique, oщ les autoritйs ont commencй а tuer les innocents, invoquant la souverainetй et l'intйgritй territoriale. En Ossйtie du Sud pour nous il s'agissait de repousser l'agression et de dйfendre nos citoyens directement aux frontiиres de la Russie, pas aux Malouines.

Dans ses actions, la Russie avait mis en pratique les exigences fondamentales de notre Constitution, les dispositions de la Charte de l'ONU, les obligations des accords internationaux, conclus au dйbut des annйes 1990 et qui ont йtabli le rйgime du cessez-le-feu et du rиglement des conflits, dйclenchйs en rйsultat de l'attaque de la Gйorgie contre Tskhinval et Soukhoum aprиs la dйsagrйgation de l'URSS.

Nous ne pouvons pas considйrer les gens comme une sorte «d'appartenance» de quelque territoire que ce soit, qui peut arbitrairement, sans l'accord de ces gens, passer en souverainetй d'un йtat en violation des principes du droit international. D'autant plus, que les autoritйs de Tbilissi, ayant proclamй en 1991 l'indйpendance invoquant la Loi soviйtique sur le retrait des rйpubliques fйdйrйes de l'URSS, ont refusй aux autonomies sur le territoire de la RSS de Gйorgie le droit de dйcider elles-mкmes de leur sort, comme l'exigeait cette mкme Loi.

La souverainetй, dont l'unique source est le peuple, suppose la responsabilitй. Avant tout - la responsabilitй vis-а-vis de ses propres citoyens, la garantie de leurs droits et libertйs, y compris les droits des minoritйs nationales.

Possйder la souverainetй suppose l'obligation de l'йtat appropriй de s'abstenir des actions violentes, qui privent les peuples vivant sur leur territoire de leur droit а l'autodйtermination, а la libertй et а l'indйpendance. En donnant l'ordre de bombarder Tskhinval et ayant prйvu l'usage de la force en Abkhazie, le rйgime de M.Saakachvili a foulй aux pieds cette norme du droit international, fixй dans la Dйclaration de l'ONU de 1970, et a sapй lui-mкme l'intйgritй territoriale de son йtat.

«Voisinage proche» de la Russie

Pour nous, l'espace de la CEI n'est pas un йchiquier pour y jouer les parties gйopolitiques, ni un "arc de mйfiance". C'est une aire civilisationnelle commune pour tous les peuples qui y vivent, qui maintient notre patrimoine historique et spirituel. Notre interdйpendance gйographique et йconomique confиre а tous les pays de la Communautй d'importants avantages concurrentiels. Comme dans d'autres rйgions, ici se font pleinement sentir les impйratifs d'intйgration de la mondialisation.

Nous ne pouvons pas convenir des tentatives de faire passer les rapports historiquement dйfinis, mutuellement privilйgiйs entre les йtats dans l'espace de l'ex-Union Soviйtique pour une «sphиre d'influence». Si l'on adopte cette logique, cette dйfinition s'appliquerait а la Politique europйenne de voisinage, le «Partenariat Est» et а beaucoup d'autres projets de l'Union Europйenne, les dйcisions pour lesquels sont prises sans la participation de la Russie, sans parler dйjа des projets de l'OTAN. Et dans les discussions du statut du Kosovo, nos partenaires europйens en ont constamment appelй а ce que les Balkans sont un «problиme europйen», insistant sur les intйrкts particuliers de l'Union Europйenne dans la rйgion, cela dit, malgrй la position de la Serbie.

Non seulement la Russie possиde ses intйrкts privilйgiйs, avant tout dans ses rapports avec ses voisins proches, mais il s'agit de ce que nos voisins proches possиdent les mкmes intйrкts privilйgiйs en Russie. Ne pas le comprendre et essayer de dйtruire ce qui repose sur l'histoire objective commune, sur l'interdйpendance et l'entrelacement rйciproque de l'йconomie, de l'infrastructure, de la culture, des domaines de vie humanitaires veut dire aller contre l'histoire.

Malheureusement, nos partenaires occidentaux n'ont pas su apprйcier а leur juste valeur les tendances, au fond postmodernistes et dйgagйes de l'idйologie, dans l'espace de la CEI, basйes sur l'aspiration d'utiliser les valeurs communes, le potentiel et l'hйritage communs dans les intйrкts de nos peuples. L'Etat fйdйrй de la Russie et de la Biйlorussie, l'EurAsEc, l'OTSC - ces organisations qui ne sont pas celles de blocs, mais intйgrantes. Les rapports en leur sein ont leurs particularitйs civilisationnelles - il n'y a pas de pression rйciproque, on n'y force pas la main, ce que tous sont loin de comprendre а l'Occident.

La rhйtorique des derniиres annйes empкche aussi de voir, que c'est prйcisйment grвce aux efforts de la Russie que l'on a rйussi а rйduire au minimum - а l'йchelle historique - les consйquences nйgatives de la dйbвcle de l'Union Soviйtique. La vision objective des choses est gкnйe par les superstitions du passй - c'est pourquoi nous parlons du rфle nйgatif des soviйtologues dans l'йlaboration de la politique russe de plusieurs pays occidentaux а l'йgard de la Russie d'aujourd'hui.

Pourquoi faut-il construire l’Europe unique а partir d'un seul centre au lieu de plusieurs terrains parallиles ? Le dйsir de «piller» l'espace post-soviйtique «par morceaux» et le subjuguer rappelle trop la mйthode bolcheviste de "dйblayage du terrain" pour un nouveau chantier ("faisons table rase, etc.". Cette mйthode vise de grй ou de force le maintien de la ligne de dйmarcation en Europe et son dйplacement toujours plus prиs de la frontiиre russe, et nous voulons liquider cette ligne, et on s'y entend, pour le moins sur le papier, avec l'UE et l'OTAN. Qui plus est, le cap de la sйparation de la Russie de ses voisins sur les voies de la crйation des йtats nationaux du XIXe siиcle n'est pas lourd pour toute l’Europe des perspectives postmodernistes, mais bien du retour au ХХe siиcle avec son nationalisme destructeur. Les mкmes normes, rйpondant aux exigences du XXIe siиcle, y compris les droits des minoritйs nationales, doivent кtre appliquйes universellement dans tout l'espace euro-atlantique - alors, il n'y aura pas de questions, dans quel siиcle nous vivons.

Lesdits points nйgatifs ont trouvй leur expression logique dans la tentative gйorgienne de rйgler par la force, c'est-а-dire autrement qu'а l'europйenne, le conflit en Ossйtie du Sud. On devra y classer les extrapolations historiques vers le nazisme, devenu le sommet de l'autodestruction en Europe, que l'on a rйussi а prйvenir grвce au rфle dйcisif des soldats soviйtiques.

En gйnйral, le domaine des relations rйciproquement privilйgiйes n'a pas de limites gйographiques, ce que devraient savoir ceux qui voudraient renfermer la Russie dans une «йcorce» de l'espace post-soviйtique, en nous imposant parallиlement une dense opposition artificielle. C'est n'importe quel pays dans n'importe quelle rйgion du monde, y compris l'Europe, le Proche et le Moyen-Orient, l'Afrique et l'Asie-Pacifique, oщ l'on se souvient de ses amis, oщ nous sommes attendus, et oщ il existe la bonne volontй а l'йtroite coopйration mutuellement avantageuse et йgale en droits. Les rйsultats des visites de D.A.Medvйdev dans quatre йtats de l'Amйrique Latine et des Caraпbes (Pйrou, Brйsil, Venezuela et Cuba) sont devenus l'exemple probant de cette approche, tout comme les voyages des derniиres annйes de V.V.Poutine au Proche-Orient et en Afrique. Comme l'a notй le Prйsident, on est en prйsence des йlйments privilйgiйs (par exemple, dans le domaine de la stabilitй stratйgique) et dans nos rapports avec les USA.

"L'audit" de l'architecture europйenne

Les йvйnements d'aoыt ont eu les consйquences gйopolitiques а long terme, y compris pour la politique euro-atlantique. Il est vrai, comme l'a dit le Prйsident N.Sarkozy, que c'йtait une «nouvelle donne». Certes, la crise de Caucase n'a pas fait le monde polycentrique en un clin d'oeil. Cependant, elle a montrй de la faзon au maximum convainquante, que le monde unipolaire n'existe pas. C'йtait aux auteurs de cette idйe de prouver sa faisabilitй. Quand nous avons dы rйagir а l'agression gйorgienne, nous n'avions dans la tкte rien de gйopolitique. Nous sauvions les gens. Les consйquences gйopolitiques sont devenues le sous-produit naturel de cette situation. Si d'aucuns croient avoir subi le dommage gйopolitique, cela relиve du domaine de l'autodйfaite - comme un but marquй contre son camp.

Il serait difficile de mettre en йvidence de la faзon plus parlante que l'a fait le rйgime de Saakachvili, l'inconsistance de toute l'architecture de la sйcuritй europйenne. Fragmentйe, prйtendant а l'йgocentrisme, elle n'a pas su prйvenir l'aventure militaire ni les livraisons au rйgime de Tbilissi d'йnormes quantitйs d'armes offensives, qui l'ont prйparйe en dйpit des codes de l'UE et de l'OSCE et les accords de Vassenaar. Il est йvident, qu'aprиs la crise de Caucase, on ne pourra plus dйjа mener les affaires dans la politique euro-atlantique, comme si rien n'йtait arrivй.

En Europe, malheureusement, n'est pas jusqu'а prйsent crйй un systиme de la sйcuritй collective, qui soit ouvert pour tous et garantisse а tous une sйcuritй йgale. L’Europe a besoin d'un ordre du jour positif, pas nйgatif. Pour commencer, on devrait voir, si les structures et mйcanismes crййs jadis sont adйquats aujourd'hui, et penser а quelque chose de nouveau pour йdifier une architecture europйenne nouvelle, garantissant solidement l'inviolabilitй des frontiиres d'aprиs-guerre et tenant dans le mкme temps compte des rйalitйs du ХХIe siиcle. Appelons-le «l'audit».

Le Prйsident D.A.Medvйdev est intervenu avec l'initiative de conclure le Traitй, qui garantisse un systиme de la sйcuritй collective en Euro-Atlantique vraiment global et le lancement de ce processus au sommet europйen. Dans ce contexte, on aura а parler franchement, pourquoi n'est pas respectй le principe, fixй au Conseil Russie-OTAN, de l'inadmissibilitй de garantir sa propre sйcuritй aux dйpens de celle des autres, а examiner les problиmes, apparus du fait de la crise du FCE, des projets de dйploiement des йlйments de la NMD globale des USA en Europe de l'Est, а s'entendre а propos des standards uniques dans les approches au rиglement des conflits. En l'absence d'un dialogue multilatйral raisonnable, nous allons rйagir nous-mкmes aux nouvelles menaces, mais en conformitй avec le droit international et les principes de la suffisance raisonnable. Le Prйsident D.A.Medvйdev a annoncй dans son Message а l'Assemblйe Fйdйrale du 5 novembre 2008 les dйcisions adoptйes а ce propos. Mais nous prйfйrerions, certes, geler tous les projets unilatйraux et commencer un travail conjoint sur les problиmes de la sйcuritй europйenne - bien sыr sur une base d'йgalitй au lieu de celle de blocs.

Ce ne sont pas nous qui йprouvons toute l'architecture actuelle de la sйcuritй europйenne. Ses dйfauts systиme sont йvidents : l'otanocentrisme nie par dйfinition la crйation d'un systиme rйellement universel de la sйcuritй collective en Euro-Atlantique, freine artificiellement les discussions franches des problиmes, qu'a mis а nu la crise de Caucase.

Je suis persuadй que l'Europe le comprend trиs bien. C'est l'Europe, forte de son expйrience historique, passйe par les catastrophes nationales, qui a le plus approchй а reformuler le sens de son existence dans une clй rйellement globale, collectiviste, oщ tous les problиmes mondiaux sont les siens. L'йgoпsme national ne joue dйjа plus.

D.G.Lawrence a notй а juste titre, que «dans la Premiиre guerre mondiale, c'est l'Europe tout entiиre qui a perdu». Nul doute, que dans la Seconde guerre mondiale, l’Europe tout entiиre et le monde entier ont gagnй. Il ne faut pas oublier cette diffйrence fondamentale. Tout rйvisionnisme dans l'esprit du relativisme moral signifierait non seulement la trahison de la mйmoire des morts, mais augmenterait sйrieusement la menace de la croissance en Europe des tendances extrкmement dangereuses comme le nйofascisme, le nationalisme, la xйnophobie, l'islamophobie.

Je pense, que l'Europe, qui connaоt dйjа les avantages de la dйnationalisation de la politique de dйfense, n'a pas besoin, qu'on la persuade de l'utilitй des actions conjointes dans les problиmes militaro-politiques. Les propositions, faites par V.V.Poutine en juillet 2007 sur l'opposition conjointe aux menaces communes de missiles а la sйcuritй, restent en vigueur, ce qu'a confirmй D.A.Medvйdev, intervenant au Conseil pour les relations internationales а Washington le 15 novembre 2008.

On ne peut ne pas reconnaоtre, qu'en politique europйenne se soit formй un «long ordre du jour». L'idйe du nouveau round du processus paneuropйen permet d'examiner tous ses «points» dans l'ensemble. Peu de gens auraient pu prйvoir son actualitй croissante, quand le Prйsident D.A.Medvйdev est intervenu avec cette idйe а Berlin le 5 juin 2008. Maintenant, l'essentiel est de s'abstenir de toute action unilatйrale. Elles ne feront qu'augmenter la charge des problиmes, que l'on devra quand mкme rйsoudre.

Nous sommes ouverts а la discussion des autres idйes fructueuses, qui rapprocheraient notre avenir commun. Mais il n'y en a pas. On dit seulement, que notre initiative du nouveau Traitй, de la sйcuritй europйenne vise а saper l'OTAN, а remplacer le caractиre universel de la sйcuritй, fixй dans l'Acte final d'Helsinki, en oubliant le panier humanitaire. Ce n'est pas du tout le cas. Nous avons dиs le dйbut expliquй publiquement, que nous voulons inviter а la participation а l'йlaboration du traitй non seulement tous les pays, mais toutes les organisations, qui oeuvrent dans l'espace donnй dans le domaine de la sйcuritй, y compris l'OTAN, l'UE, l'OSCE, l'OTSC, la CEI. Nous ne voulons point mettre en question les aspects concertйs de l'activitй de l'OSCE, y compris humanitaires. Nous sommes simplement persuadйs, que le domaine, qui s'appelle «sйcuritй militaro-politique», a accumulй trop de problиmes assez explosifs. L'essentiel est que l'on sape en pratique le principe de l'indivisibilitй de la sйcuritй, et c'est а cela qu'il faut aujourd'hui prкter l'attention primordiale. Quand on essaie de coller а la Russie l'йtiquette de «puissance rйvisionniste», qui se prononce contre le statut quo, on devrait se poser la question, de quel statut quo en gйnйral il peut s'agir aprиs la fin de «la guerre froide», sur le fond de la formation accйlйrйe du systиme international polycentrique et de la crise financiиre globale actuelle. Et d'autre part, l'aspiration - en dйpit de toutes les promesses - au rapprochement effrйnй de l'infrastructure militaire des frontiиres de la Russie, y compris la crйation de nouvelles bases militaires, le dйploiement de la TZP de la NMD des USA en Europe de l'Est, les tentatives sous-jacentes de militariser la mer Noire en violation de la Convention de Montreux - c'est cela, le «statut quo» ?

Il faut accйlйrer «les travaux» de l'architecture europйenne. Il n'y a qu'une alternative а la convocation du sommet europйen - sa dйgradation ultйrieure. On a besoin de courage politique. Car la vйritй naоt du dйbat. Nous n'irons pas loin, si nous ne nous engageons pas une fois pour toutes а tout rйgler en Euro-Atlantique en commun.

L'extension ultйrieure de l'OTAN vers l'Est crйй des difficultйs pour nous et pour toute la politique euro-atlantique. Certains nouveaux membres apportent l'idйologie confrontationniste pйrimйe, qui entraоne l'alliance vers son йtat des temps de «la guerre froide». Certains postulants а l'adhйsion essaient d'y aller encore plus loin. Ces pays sont tout simplement en retard pour adhйrer а l'OTAN.

Le Conseil Russie-OTAN a йtй crйe sur la base du principe progressiste. Chaque pays a une voix йgale, cependant en pratique, ce principe n'a jamais fonctionnй, on a toujours eu «26+1». Il faut faire quelque chose avec cette discordance. Indйpendamment de la crise de Caucase et des tentatives de «punir» la Russie en gelant certains coopйrations, la conversation а ce sujet mыrissait tout de mкme. Au sommet Russie-OTAN а Bucarest en avril 2008 on n'a pas rйussi а adopter la dйclaration conjointe, car un pays avait refusй de confirmer le principe, fixй dans les documents fondamentaux du CRO, que personne ne doit garantir sa propre sйcuritй aux dйpens de celle des autres.

Nous ne voudrions pas que l'OTAN se transforme en une sorte d'«йchappatoire» pour libйrer les instincts agressifs et les йtats d'esprit confrontationnistes - sans trop de consйquences pour la politique pratique.

Nous sommes heureux, que le rиglement de la crise au Caucase ait fourni un sйrieux sujet pour notre coopйration avec l'Union Europйenne dans les affaires rйgionales. En fait, on a trouvй le rиglement europйen du problиme, ce qui consolide la cohйsion de l'UE sur une base saine, pragmatique. Cela rйpond а la tendance gйnйrale а la rйgionalisation de la politique globale, quand les pays rйgionaux se chargent toujours de plus de responsabilitй et ne veulent pas suivre les conseils venus de loin. A propos, c'est ainsi qu'a йtй rйglйe l'йtape aiguл de la crise au Zimbabwe (bien qu'il y faille encore obtenir les accords sur la composition concrиte du gouvernement, ce que certains acteurs hors la rйgion cherchent а gкner). On entend toujours plus fort les voix en faveur de la recherche des solutions rйgionales pour la situation en Irak et en Afghanistan.

Il est йvident, qu'en politique globale et rйgionale, avant tout en Euro-Atlantique, est maintenu un bipolaire rйsiduel. Il est objectivement dйterminй dans le domaine de la stabilitй stratйgique, qui reste encore dans le degrй dйcisif la dйrivйe des relations russo-amйricaines. Mais il existe des problиmes, oщ le bipolaire est imposй artificiellement. Cela se voit dans la tentative de l'administration sortante des USA de monopoliser le dialogue avec la Russie pour surmonter la crise, йclatйe а cause du refus des pays de l'OTAN de ratifier le FCE adaptй. Certes, finalement, ce sont tous les membres qui devront dйcider du sort du Traitй, mais il est clair, que les pays leaders de l'Europe peuvent et doivent tout а fait faire leur apport а la prйparation du sol pour les nйgociations а l'йchelle universelle. A propos, en politique europйenne des acteurs au Caucase aussi, les rapports avec la Gйorgie ont finalement йtй donnйs а ferme а une capitale lointaine. C'est pourquoi, je le crois, que l’Europe a «ratй» la crise au Caucase. C'est bien, que l'initiative de N.Sarkozy, Prйsident de la France, soutenue par toute l'Union Europйenne, corrige la situation.

Les discussions, commencйes le 15 octobre а Genиve en entiиre conformitй avec les accords des prйsidents D.A.Medvйdev et N.Sarkozy, neutres par leur statut et qui ont surmontй les premiиres difficultйs, donnent а l'Union Europйenne la possibilitй de faire son apport а la stabilisation et а la rйhabilitation de la Transcaucasie. Plus, la participation aux discussions de Genиve de la partie amйricaine йtend la possibilitй pour la coopйration tripartite - avec la participation de la Russie, de l'Union Europйenne et des USA.

La Russie et les USA : un avenir commun ?

Le programme positif des relations russo-amйricaines est йnoncй dans le Concept de politique йtrangиre de la Russie et dans l'intervention du Prйsident D.A.Medvйdev au Conseil pour les relatons internationales а Washington.

A l'йpoque, les USA ont rйpondu par la prйsidence de John Kennedy aux dйfis intellectuels, militaro-politiques et technologiques. La situation se rйpиte. L'Amйrique doit reconnaоtre la rйalitй du «monde post-amйricain» et commencer а s'y adapter.

Tous les autres pays leaders, y compris la Russie et les йtats de l'Europe, sont dйjа entrйs dans le processus des profondes transformations. Concernant la Russie, les changements nous ont йtй imposйs par les circonstances connues au dйbut des annйes 90 du siиcle dernier. Les USA au cours d'une grande pйriode de temps ont eu la possibilitй de choisir : soit reconnaоtre le besoin des changements sur la base d'une analyse saine, soit les attendre йclater - dйjа comme la dure nйcessitй.

Dominique Moпsi йcrit dans «The Foreign Affairs», que «la nouvelle Amйrique, dont aujourd'hui ont besoin tant les Amйricains mкmes que le reste du monde, n'est rien d'autre que la vieille Amйrique, que l'on avait perdue», et que les Amйricains devront cesser de «se sentir aujourd'hui seuls dans leur puissance». J'ajouterais, que tous ont besoin de l'Amйrique, qui ne craint pas les changements, qui est capable de comprendre, que rien n'est donnй pour toujours, qui soit ouverte au monde et aux libres dйbats. C'est pourquoi le programme йlectoral de B.Obama a donnй tant d'espoir non seulement en Amйrique, mais dans les autres pays. A l'йpoque de la mondialisation, la destination d'un йtat fort n'est pas la mobilisation nationale а des fins de la confrontation extйrieure, mais le rфle du gйnйrateur constructif des changements positifs (comme c'йtait le cas de la Nouvelle Donne aux USA et des rйformes d'Alexandre II dans l'empire russe).

Nous souhaitons а l'Amйrique du succиs sur la voie des changements, y compris dans les affaires internationales. Nous savons, que les Amйricains devront prendre leurs propres dйcisions et rattraper le temps perdu. Mais personne ne doute de l'aptitude des Amйricaines au pragmatisme. J'espиre, que l'Amйrique ne sortira pas du processus de la profonde transformation, annoncй comme objectif de l'administration de B.Obama, comme un pays йpris uniquement de son exclusivitй, mais comme la partie d'un tout. Comme un pays, qui reconnaоt son implication dans l'histoire europйenne, dans les affaires et soucis communs de l’humanitй.

Les USA font partie intйgrante de la civilisation europйenne. Et maintenant, le temps est peut-кtre venu de revenir en Europe, autrement dit de s'imprйgner de la dйlicate sensation du monde europйenne, formйe entre autres pendant «la guerre froide» non sans la participation de l'Amйrique.

Il faut du temps pour y voir bien clair et dйcider, ce qui est important. La mythologie de la sйcuritй sйparйe de blocs а l'йpoque de la mondialisation - ou le succиs de la lutte antiterroriste et antinarcotique en Afghanistan et l'analyse conjointe des consйquences globales йventuelles du dйveloppement de la situation au Pakistan. La fragmentation ultйrieure des йtats des Balkans, les projets virtuels et les «jeux а rйsultat zйro» au Caucase et en Asie Centrale - ou les efforts solidaires de stabilisation de ces rйgions dans les intйrкts communs.

Aujourd'hui, nos rapports ne vivent pas une pйriode des plus simples, on a des diffйrences de principe dans les approches а plusieurs problиmes internationaux, mais l'essentiel, comme l'a notй le prйsident D.A.Medvйdev, est la crise de la confiance. Sans le rйtablissement de la confiance on ne saura pas mettre en pratique les possibilitйs existantes pour йtablir une interaction bilatйrale constructive а long terme. L'histoire des relations russo-amйricaines connaоt plusieurs situations aiguлs - on a connu des temps bien pires. Mais finalement, le bon sens, le pragmatisme et la responsabilitй spйciale de nos puissances pour l'avenir du monde entier ont dйfini le choix au niveau de la politique pratique.

Nous sommes prкts а coopйrer а plein format avec les USA. Nous entendons mener les affaires dans une clй prйvisible et mutuellement avantageuse, sur la base de l'йgalitй en droits et de la prise en compte des intйrкts rйciproques en entiиre conformitй avec la Dйclaration de Sotchi, approuvйe en avril 2008.

Comme on a plusieurs fois dйclarй au plus haut niveau, rien ne nous fera reprendre une nouvelle course aux armements. Oui, on nous a distraits, nous devrons tirer nos conclusions sur le plan de notre йdification militaire aussi. Mail il n'y aura aucune militarisation du pays, de sa politique йtrangиre.

Les forces stratйgiques russes de dissuasion remplissent leurs tвches sur la base du principe de la suffisance rationnelle. Le sens de ces tвches peut кtre aussi expliquй par nos partenaires amйricains, qui en ces 20 derniиres annйes n'ont jamais cessй de moderniser leurs forces armйes, y compris leur composante stratйgique. Nos frais militaires font, selon diverses estimations, de 5 а 13 % des frais amйricains. Mais ils sont encore trop lourds. Ce qui serait juste pour les USA aussi, surtout dans les conditions de la crise financiиre actuelle.

Nous voudrions rйduire ce joug, et c'est pourquoi nous proposons de tirer des conclusions pratiques du fait йvident, que dans un monde en globalisation, on ne peut pas rйguler les rapports internationaux par la force militaire. En йvaluant de maniиre critique l'expйrience des dix derniиres annйes, il faut simplement revenir aux attentes de la «dividende de paix», qui sont devenues la consйquence logique de la fin de «la guerre froide». Cela concerne aussi l'avancement vers le dйsarmement nuclйaire et le maintien de la continuitй dans le processus du contrфle des armements.

Le fait de se centrer trop sur le facteur de la force militaire est l'indice du ratй systиme en politique йtrangиre de tout йtat. En ont en principe parlй A.Toynby, indiquant le militarisme comme le moyen de l'autodestruction des empires, et M.Allbright, qui a reconnu, que toute l'idйe de la guerre en Irak йtait rйduite а la dйmonstration au monde de la puissance militaire amйricaine.

A l'йpoque, J.Kennedy avait parlй du besoin de passer le test de l'impйrialisme. Y est йgalement liй le rфle du complexe militaro-industriel dans le dйveloppement йconomique et sociopolitique. Dans les conditions modernes, la course aux armements ne garantit point, comme c'йtait le cas dans les annйes 30, la sortie de la crise financiиre йconomique. Maintenant, il existe les moyens plus civilisйs, а quoi au fait йtait consacrй le sommet du G20 de Washington.

Est-ce que la Russie et les USA peuvent se permettre, ou plutфt, est-ce que le monde peut se permettre l'exclusion ultйrieure entre nos pays, auxquels Alexis de Toqueville avait prйdit un grand avenir ? Est-ce que cela devra кtre deux avenirs diffйrents ou, peut-кtre, un sort commun ?

Je crois profondйment en celui-ci.

La sociйtй ne peut кtre comprise que dans la mesure, dans laquelle elle se comprend elle-mкme. La Russie a commencй а comprendre а nouveau les fondements de son existence, s'est engagйe sur la voie de la transfiguration. George Kennan a donnй un sage conseil de ne pas intervenir de l'extйrieur dans les processus dйlicats pareils. Malheureusement, la poursuite de la politique de dissuasion et des guerres informationnelles contre la Russie composent cette mкme intervention, influant nйgativement sur nos rapports.

La Russie et l'Occident

Les amateurs de «dissuader» la Russie, y compris en «s'expliquant» а propos de nos relations sur le sol europйen, doivent comprendre, que c'йtait l'idйologie et les obligations des unions militaro-politiques, qui constituaient le principal moyen de dissuader Moscou du temps de la confrontation idйologique. On s'en est dйfait. Personne ne nous l'imposera de nouveau. Nous ne nous laisserons pas nous brouiller avec personne. De mкme que nous ne serons pas d'accord de rйtablir la direction bipolaire dans la politique euro-atlantique.

Le temps est venu de se rappeler les principes de Westphalie des relations interйtatiques, se basant sur les intйrкts nationaux et les intйrкts communs de la communautй internationale. Le principe de la corrйlation du national et du collectif est fixй comme fondamental dans la Charte de l'ONU aussi. Il faut se libйrer dйfinitivement de la charge de plusieurs dйcennies des relations internationales idйologisйes, parlant non seulement de la «guerre froide», mais de la pйriode d'entre deux guerres avec ses flottements fasciso-autoritaires dans la plupart des pays de l'Europe. Plus d'ouverture des archives n'y sera pas de trop. En particulier pour l'entente de Munich, qui a eu 70 ans en 2008 - est-ce qu'on a encore des choses а cacher ?

La logique de l'histoire suggиre le besoin de la cohйsion de la civilisation europйenne. Et la Russie, et les USA en proviennent et l'ont dans une grande mesure prolifйrйe dans les autres parties du monde. Je suis persuadй, que la synthиse des divers modиles du dйveloppement et la coexistence des diverses cultures et traditions religieuses deviendront les caractйristiques fondamentales de la nouvelle йtape du dйveloppement international. L'histoire dйterminera leur йquilibre. A l'exemple de la rйgion euro-atlantique, nous voyons, que l'histoire йlimine les extrйmitйs - d'abord l'expйrience de l'Union Soviйtique, puis le capitalisme libйral - а l'exemple du dur modиle anglo-saxon, qui a trouvй sa plus complиte incarnation dans l'expйrience de l'Amйrique. Il est difficile de ne pas faire attention а ce que ces deux phйnomиnes (si, appliquй aux USA, on compte а partir de la Nouvelle Donne de F.D.Roosevelt) ont existй pendant 75 ans chacun.

Aujourd'hui, il faut prouver sa capacitй au leadership rйel dans le rиglement des problиmes globaux, que ce soit la pauvretй globale, la sйcuritй йnergйtique et alimentaire ou le changement du climat. Comme l'a notй V.V.Poutine, intervenant а la rйunion du Conseil des chefs des gouvernements des йtats membres de l'OCS а Astana le 30 octobre 2008, le temps est venu, oщ «le rиglement des problиmes modaux globaux devra devenir une partie des stratйgies nationales du dйveloppement». Cela exigera une vision fraоche des choses, le savoir de tenir compte et d'intйgrer les intйrкts de tous les groupes d'йtats.

Et V.V.Poutine pendant sa prйsidence (il suffit de lire son article, consacrй au cinquantenaire de l'Union Europйenne en mars 2007), et le Prйsident D.A.Medvйdev, intervenant а Berlin puis а Evian, ont argumentй de faзon convainquante l'attachement de la Russie au choix europйen. Cette ligne s'est incarnйe dans les idйes appelйes а garantir la cohйsion de toute la civilisation europйenne comme l'ouverture stratйgique, par laquelle nous comprenons la rйelle implication de l'Union Europйenne а la discussion des problиmes de la stabilitй stratйgique, qui йtait jusqu'а prйsent limitйe par notre dialogue avec Washington. En йtablissant l'interaction tripartite Russie-USA-Union Europйnne, on pourrait changer du tout au tout le caractиre des relations stratйgiques dans le monde.

Je suis persuadй, que la discussion intellectuelle, а laquelle touchera le nouveau round du processus paneuropйen, non seulement aidera а rйgler les diffйrends europйens (c'est encore F.M.Dostoпevski qui l'a йcrit) - aujourd'hui dйjа euro-atlantiques, mais va contribuer а l'aboutissement а la comprйhension collective de la mission commune de notre rйgion dans le monde moderne.

Comme la Russie, l'Union Europйenne, aspirerait а reformater ses rapports avec les USA sur la base de l'йgalitй en droit. C'est pourquoi il s'agira du «triangle» йquilatйral Au niveau politico-psychologique, il s'agit de la nouvelle interprйtation de l'atlantisme - comme l'euro-atlanitsme, comprenant toute la rйgion depuis Vancouver jusqu'а Vladivostok.

Cet avis est partagй par les ex-Secrйtaires d'Etat des USA H.Kissinger et G.Schultz, qui dans leur brillant article au journal «The International Herald Tribune» du 1er octobre 2008 ont йcrit, que «mкme а la lumiиre de la crise gйorgienne, les intйrкts fondamentaux des USA, de l'Europe et de la Russie aujourd'hui coпncident plus que jamais dans l'histoire rйcente». R.Lyne, ancien ambassadeur britannique а Moscou, leur fait йcho avec non moins d'йmotion : «Jamais encore depuis la Seconde guerre mondiale le besoin de se rйunir et d'agir ensemble n'avait йtй aussi grand». On ne rate pas cette possibilitй.

L'йtablissement de la coopйration йgalitaire de la Russie, de l'Union Europйenne et des USA deviendrait l'apport importantissime de la civilisation europйenne а la formation du leadership des йtats les plus avancйs du monde. Sa nйcessitй a йtй prouvйe de faзon convaincante par la convocation du sommet du G20 а Washington, que l'on considиre non sans raison comme l'йlargissement de fait du G7 financier. Un nombre toujours plus grand de pays prend du poids et de l'influence йconomique et est impliquй а la crйation historique aux formats de divers forums et groupement d’intйgration, y compris ce mкme G20, le G8, l'Union Europйenne, l'OCS, le BRIC.

Le monde moderne

Notre point de vue sur le monde moderne, les buts et les tвches, qu'y poursuit la Russie, sont nettement formulйs dans le Concept de politique йtrangиre, approuvй par le Prйsident D.A.Medvйdev. Sur cette base d'idйes a йtй formйe la stratйgie de politique йtrangиre du pays, qui rйpond aux exigences de la situation gйopolitique de qualitй nouvelle, formйe dans le monde. Elle a йtй formulйe de la maniиre la plus complиte dans le Message du Prйsident D.A.Medvйdev а l'Assemblйe Fйdйrale.

Nous ne consentirons jamais le nihilisme juridique dans les affaires mondiales, l'attitude envers le droit international comme а une «girouette» et «le sort des faibles», toute tentative d'«arrondir les angles» en nuisant а la lйgitimitй internationale, qui incarne le moral dans les rapports entre les йtats. Il est vrai que le droit international constitue notre idйologie dans les affaires internationales. Reprenant les paroles de F.A.Tioutchev, nous voulons «une fois pour toutes entйriner le triomphe du droit, de la lйgitimitй historique sur le mode d'actions rйvolutionnaire».

La crise au Caucase a montrй, que les problиmes modernes, y compris le rиglement des conflits et des crises, n'ont pas de rиglement par la force. Il n'y a pas d'alternative aux mйthodes politico-diplomatiques avec l'implication de toutes les parties pour obtenir la conciliation. C'est pourquoi nous allons toujours, dans le cadre des formats existants, dйployer les efforts actifs d'assistance par tous les moyens au rиglement en Transnistrie et au Haut Karabakh afin d'aider les parties а aboutir aux accords. Je suis convaincu qu'il est tout а fait possible de trouver des solutions mutuellement acceptables. La mкme possibilitй existait concernant les conflits sud-ossиte et abkhaze, cependant Tbilissi l'a enterrйe, foulant aux pieds les accords existants.

Avec la fin de «la guerre froide» sont apparues les bases pour entйriner les principes de la vraie libertй au sein de la communautй internationale. Les bases pour la politique de blocs ont disparu. La pluralitй des variantes dans le comportement des йtats dans l'arиne internationale a accru. Le fameux principe - ou avec nous, ou contre nous, n'agit plus. On crйe les conditions pour un monde polycentrique, dans lequel les йtats sont mus par leurs propres intйrкts nationaux dйpouillйs de l'idйologie et par la comprйhension commune des intйrкts conjoints. Lа est la base du nouveau systиme international autorйgulant en formation.

Nous prйfйrerons toujours la diplomatie multipartite. Mais si les partenaires ne sont pas prкts aux actions conjointes, la Russie devra agir seule pour dйfendre ses intйrкts nationaux, mais toujours sur la base du droit international.

C'est sur la base solide du droit international, de la Constitution et des lois de la Russie que nous allons dйfendre la vie et la dignitй de nos citoyens, oщ qu'ils se trouvent, soutenir les intйrкts du business russe, dйvelopper les rapports privilйgiйs avec les amis de la Russie dans diffйrentes rйgions.

Je pense que tфt ou tard, nous aboutirons а la reconnaissance du besoin de rйviser tout l'ordre du jour international pour concerter sa variante vraiment collective. Il ne faut pas recommencer а zйro - finalement, nous avons pour cela la base commune sous forme d'objectifs et de principes, fixйs dans la Charte de l'ONU. Mais la rйvision radicale des mйthodes de leur mise en pratique s'impose, car c'est l'imposition а tous, y compris а la Russie, de l'image unilatйralement peinte а l'Occident du dйveloppement du monde depuis 1992, et qui a prouvй sa totale inconsistance, qui rйside а la base de toutes les aggravations internationales actuelles.

Il est de nos intйrкts communs de surmonter la crise financiиre globale qui s'approfondit. La Russie a pris une participation active au sommet de Washington du G20, auquel a йtй lancй le processus des rйformes de l'architecture financiиre globale, soutenu а l'autre forum reprйsentatif - le sommet «Coopйration йconomique en Asie-Pacifique» а Lima. Ce travail n'a fait que commencer, et elle demandera du temps. On a dйjа prйvu une autre rencontre du G20 au sommet. On manifeste de l'intйrкt а ce genre de discussions dans le cadre de l'ONU aussi. Il faut surmonter dans la sphиre financiиre aussi les diffйrends entre le mode d'actions unilatйral et les intйrкts communs de toute la communautй internationale. Pour кtre lйgitime et efficace, la nouvelle architecture des finances mondiales doit кtre ouverte et juste, s'appuyer sur tous les centres financiers existants et les monnaies rйgionales, garantis par les ressources rйelles et le potentiel rйel de la croissance йconomique. Ici aussi, on a besoin de consolider le niveau rйgional de la gestion - sinon, on ne garantira pas la stabilitй du nouveau systиme.

La crise offre une bonne possibilitй de remettre au pont l'attention de tous les principaux acteurs sur les problиmes rйels et peut devenir un catalyseur puissant dans le dйveloppement des tendances prometteuses au pragmatisme, а la dйmilitarisation et а la dйidйologisation des relations internationales. L'йtroite interaction pour surmonter la crise pourrait tout а fait crйer les conditions et la masse critique de la confiance, nйcessaires pour rйgler d'autres problиmes.

Qui plus est, on a des raisons de croire, que la crйation de l'architecture financiиre polycentrique deviendra l'йlйment dйcisif de la rйforme de la gestion globale: tout le reste se remettra en place de lui-mкme, et le caractиre collectif du nouveau systиme rйduira au minimum la possibilitй de tout nouveau partage gйopolitique du monde.

Par le passй, toujours, quand un ordre impйrial s'йcrouait, la communautй internationale aspirait а concerter le nouveau code des «rиgles du jeu», parlant d'un systиme de la sйcuritй collective. Le Congrиs de Vienne a йtй la rйponse au krach de l'empire de Napolйon. Le systиme de la sйcuritй collective en Europe, inventй lа-bas, a йtй dйtruit par la guerre de Crimйe avec l'unification ultйrieure de l'Allemagne sous le pouvoir de la Prusse et la Premiиre guerre mondiale. L'Occident n'a pas su crйer un systиme global de la sйcuritй collective pendant la pйriode d'entre deux guerres, oщ l'on ne garantissait pas les frontiиres des voisins orientaux de l'Allemagne. Le krach du Troisiиme Reich et la dйfaite du Japon militariste ont donnй la crйation par la communautй internationale de l'Organisation des Nations Unies, basйe sur la vision polycentrique du monde, ce qui a йtй reflйtй, en particulier, dans le principe de l'unanimitй des membres permanents du Conseil de Sйcuritй.

La «guerre froide» avec son bipolaire, la discipline de blocs et le comportement idйologiquement motivй des йtats a relйguй l'ONU а l'arriиre-plan, dйformant grossiиrement le fonctionnement de l'Organisation. Et ce n'est que maintenant que le systиme de l'ONU peut travailler conformйment а sa destination premiиre. Pour cela, il faut apporter de la clartй dans la question, qu'il existe le code unique des rиgles de conduite pour tous les йtats.

La Russie y est prкte. En nous donnant pour tвche de faire fleurir le potentiel accumulй ces derniиres annйes et d'obtenir la qualitй nouvelle dans le dйveloppement intйrieur dans l'intйrкt du pays et de ses citoyens, nous allons activement contribuer а la formation et а la mise en pratique de l'ordre du jour international positif, unificateur.